Living Models lève 7 millions de dollars pour construire les modèles de fondation du vivant
La startup franco-américaine annonce un tour de table seed de 7M$ (6,5M€) pour développer des modèles de fondation entraînés sur l’ADN, l’ARN et les données multi-omiques, une IA conçue pour décoder le vivant dans son ensemble. Son premier modèle, BOTANIC, cible le marché mondial des semences (60 milliards de dollars) avec l’ambition de prouver que l’approche fonctionne avant de l’étendre à d’autres domaines biologiques.
PARIS & BERKELEY – 11 mars 2026
L’IA fait tout plus vite. Mais pour quoi faire ?
La révolution de l’intelligence artificielle est indéniable. En deux ans, les modèles de langage ont transformé la productivité des entreprises, automatisé le support client, accéléré le développement logiciel. Mais l’essentiel de cette vague reste cantonné au même périmètre : faire plus vite ce qu’on faisait déjà. Un SaaS de plus. Un chatbot de plus. Un copilote de plus.
Living Models fait un pari différent. L’entreprise entraîne des réseaux de neurones, non pas sur du texte ou du code, mais sur des séquences biologiques (ADN, ARN, données multi-omiques) pour comprendre le langage fondamental du vivant. Ce n’est pas un outil de productivité mais une plateforme d’IA capable de lire le code faisant fonctionner chaque organisme sur Terre.
La plateforme : des transformers pour le vivant
L’objectif de Living Models est de créer une plateforme d’IA biologique généraliste : des modèles capables de décoder le vivant, des plantes aux micro-organismes, de la découverte de traits à la sélection variétale, de la même manière qu’un seul grand modèle de langage peut être adapté à la traduction, au résumé ou à la génération de code.
L’architecture repose sur les mêmes réseaux de neurones transformers qui ont propulsé les grands modèles de langage. La différence : au lieu d’apprendre à partir de texte humain, ils apprennent à partir de séquences d’ADN, d’ARN, et de données multi-omiques. Le modèle développe des représentations du vivant qui peuvent ensuite être spécialisées pour des applications concrètes.
L’entreprise entend suivre les données partout où la découverte fondée sur les séquences est freinée par des méthodes empiriques lentes, que ce soit en agronomie, en biologie marine ou en santé humaine.
Pourquoi commencer par l’agriculture
Le marché mondial des semences pèse 60 milliards de dollars. Il est dominé par une poignée d’acteurs (Bayer CropScience, Corteva, Syngenta, BASF, Limagrain) qui dépensent collectivement 8 milliards de dollars par an en recherche de sélection variétale et ce, avec des méthodes demeurées inchangées depuis soixante ans.
Le résultat : huit ans en moyenne séparent le croisement initial et la mise sur le marché d’une nouvelle variété ; des gènes de résistance aux pathogènes contournés en trois à cinq ans ; des gains de rendement de 1 % par an, insuffisants face à la demande alimentaire projetée en 2050. La canicule européenne de 2024 a réduit les rendements du blé français de 15 %, avec des pertes agricoles estimées à plus de 2 milliards d’euros.
Mais au-delà de l’urgence, l’agriculture présente des avantages structurels uniques pour une entreprise de modèles de fondation : aucune restriction de type GDPR ou HIPAA sur les données génomiques végétales ; une réglementation qui n’intervient qu’après démonstration d’efficacité (et non avant, comme en pharma) ; et un cycle de validation rapide – trois à six mois sous serre, contre plus de dix ans pour un essai clinique.
BOTANIC, la première famille de modèles de Living Models, attaque ce problème de façon frontale. Entraîné sur 43 espèces végétales représentant plus de 60 milliards de paires de bases, il réalise des prédictions de caractères par voie computationnelle – réduisant le cycle de sélection de plus de huit ans à deux à trois ans.
« Les modèles de fondation ont fait leurs preuves en traitement du langage naturel, en apprenant des structures profondes à partir de vastes corpus de texte. Nous appliquons la même architecture aux séquences biologiques. L’agriculture est notre première verticale parce que les données y sont abondantes et le besoin commercial aigu, mais les modèles que nous construisons sont conçus pour être transférables à l’ensemble de la biologie. » Cyril Véran, CEO et co-fondateur
« La biologie est un problème informationnel à toutes les échelles – de la cellule unique à l’écosystème entier. Les données génomiques existent dans de nombreux domaines ; ce qui manquait, c’est une architecture de modèle capable d’en tirer parti à grande échelle. Nous commençons par les plantes parce que le cycle de sélection est un goulet d’étranglement manifeste, mais la même approche s’applique partout où des données de séquence rencontrent une découverte empirique lente. » Léonard Strouk, CTO et co-fondateur
Résultats techniques
Living Models a publié un rapport technique démontrant que BOTANIC (jusqu’à 1 milliard de paramètres) atteint des performances comparables aux modèles de référence de Cornell et d’InstaDeep (soutenue par BioNTech, plus de 100M$ levés) sur 22 tâches de benchmark standard. Le tout entraîné sur seulement 8 GPU NVIDIA H100.
Le financement annoncé permet d’accéder à un cluster dédié de 120 GPU NVIDIA B200; un saut d’un ordre de grandeur en capacité de calcul, que l’entreprise compte traduire directement en modèles plus larges, en précision prédictive accrue et en expansion vers d’autres domaines génomiques.
« Tout être vivant sur Terre fonctionne avec le même langage de programmation : l’ADN code l’ARN, l’ARN code les protéines, les protéines codent le phénotype. Nous ne construisons pas un énième chatbot. Nous construisons un modèle capable de lire et d’interpréter ce code — ce qui est infiniment plus utile que de prédire le mot suivant dans une phrase. » Bertrand Gakière, VP Biology
Tour de table et équipe
Le tour de table de 7 millions de dollars (6,5 millions d’euros) réunit des investisseurs sur trois continents : le fonds d’investissement institutionnel de UC Berkeley (USA), Asterion (Europe), Artesian (Australie), Galion.exe, Juniper (Silicon Valley), Pascual, Kima Ventures et Station F.
L’équipe fondatrice réunit géographies et disciplines : Cyril Véran (UC Berkeley, entrepreneur en série), Léonard Strouk (École normale supérieure, biochimie ; recherche à UC Berkeley et NYU ; fondateur d’une précédente entreprise d’IA générative) et Bertrand Gakière (VP Biology, Université Paris-Saclay). L’équipe technique comprend des docteurs issus du Huawei Noah’s Ark Lab, d’Owkin (spécialiste parisien de l’IA appliquée à la découverte de médicaments, plus de 300M$ levés), de Datadog, de Mila et de l’École normale supérieure.
À propos de Living Models
Living Models développe des modèles de fondation pour les séquences biologiques — ADN, ARN, données multi-omiques — plutôt que pour le langage naturel. Siège à Paris (France) et Berkeley (Californie). Rapport technique et poids des modèles disponibles sur livingmodels.ai.
Research Paper sur BioRxiv: https://www.biorxiv.org/content/10.64898/2026.02.23.706817v1
BOTANIC models disponibles sur Hugging Face: https://huggingface.co/living-models
À propos de Astertion Ventures
Installé à Paris et Amsterdam, Asterion Ventures est un fonds de capital-risque spécialiste dans les phases pré-amorçage et amorçage à impact. En quatre ans, il a mobilisé près de 60 M€ et accompagné 30 startups, dont cinq déjà en Série A/B avec des fonds européens de premier plan, ainsi qu’une première sortie. Sa singularité : une communauté de plus de 800 entrepreneurs et dirigeants qui co-investissent en business angels et soutiennent les fondateurs avec leur expérience, leurs réseaux et leur temps. Au-delà du financement, Asterion a développé des programmes dédiés aux exiteurs et aux familles entrepreneuriales. L’un des rares VCs européens conçus pour accompagner sur la durée, Asterion revendique un engagement exigeant et durable. https://www.asterionventures.com
GrainCorp Ventures / Artesian
GrainCorp is one of Australia’s largest agribusinesses. “The investment reflects our strategy of backing scalable innovation that has the potential to deliver practical value for growers and customers.”
À propos de Galion.exe
Galion.exe est un fonds de capital-risque early stage actif en Europe et aux États-Unis, dédié aux entrepreneur·es tech visionnaires qui façonnent l’avenir de l’innovation. Le fonds se concentre sur l’infrastructure et les outils d’IA, et les industries critiques. Il investit entre 500 000 € et 2,5 millions € en amorçage. Misant sur l’intelligence collective, Galion.exe adopte une approche collaborative en s’appuyant sur des communautés dynamiques de plus de 500 fondateurs et fondatrices de sociétés technologiques expérimentés, mobilisés dès le départ pour offrir mentoring, conseils stratégiques et connexions clés, sur internet ou en présentiel.
Le portefeuille comprend des entreprises de rupture telles que Generare, Epics Biotechnology, Raidium, Oria Bioscience, PriorLabs, Plakar, PriorLabs et Vaire, qui font avancer le progrès et redéfinissent les règles dans certains des secteurs les plus structurants d’aujourd’hui.
Juniper
Early-stage VC, biology & computation focus. junipervc.com
“The founding team has assembled one of the largest plant multi-omics datasets in existence. The timing is right, their data moat is exceptional, and the business model fits how the seed industry actually works.” — Jenny Kan
Kima Ventures
Kima Ventures est le bras d’investissement startup de Xavier Niel. L’un des investisseurs early stage les plus actifs au monde, Kima investit dans 100 startups par an du pre-seed au seed. Basé à Paris à Station F, Kima a investi depuis 2010 dans près de 1500 startups, dont Harmattan, Deel, Pennylane, Photoroom, Airbyte, Ledger et Pigment, leur fournissant financement, réseau et support pour les aider à atteindre les prochaines étapes de leur parcours.
Station F
STATION F is the world’s largest start-up campus, founded by Xavier Niel in 2017 and based in Paris. The 50,000m² campus supports over 1,000 start-ups a year. The start-up community already boasts a number of success stories, including the two unicorns Hugging Face and Alan, as well as Yuka, Pasqal, Greenly and many others. In 2025, STATION F companies have collectively raised more than €1.5bn. More info: https://stationf.co/
